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La première loi bancaire islamique d'Ouzbékistan est en vigueur — voici ce qu'elle dit vraiment

L'Ouzbékistan a adopté sa loi bancaire islamique en juin 2026 et créé un conseil de gouvernance. 37 millions de musulmans, zéro banque islamique — jusqu'à maintenant.

Architecture islamique aux motifs géométriques, patrimoine d'Asie centrale

La thèse

L’Ouzbékistan compte 37 millions d’habitants. Environ 88 % sont musulmans. Jusqu’en juin 2026, il n’existait aucun cadre légal pour la banque islamique dans ce pays. Ce n’est pas un vide — c’est un marché entier qui attendait d’être construit.

La loi n° ЎРҚ-1126, promulguée le 27 mars 2026 et entrée en vigueur le 29 juin, a franchi ce premier pas. Deux semaines plus tard, la Banque centrale a mis en place un Conseil de finance islamique — l’organe chargé de rédiger les normes que la loi laisse aux régulateurs. Cette séquence est importante : cadre légal d’abord, gouvernance ensuite, banques après. C’est un ordre de construction délibéré, et il dit beaucoup sur le type de marché que l’Ouzbékistan cherche à bâtir.

Ce que la loi et le Conseil font concrètement

La loi autorise les activités bancaires islamiques et donne à la Banque centrale le pouvoir formel d’approuver les normes de finance islamique. Le Conseil qu’elle a créé est présidé par Saidjamol Masayitov, spécialiste en chef du Centre de fatwas du Conseil musulman d’Ouzbékistan, avec Muhammadyubkhon Khomidov comme vice-président. Trois autres membres — Hikmatilla Toshtemirov, Abdullatif Tursunov, et Akhrorjon Sadullayev d’Orient Audit Group — complètent le groupe. La plupart détiennent des certifications AAOIFI en finance islamique.

La mission du Conseil est de rédiger des normes unifiées pour les banques et les organisations de microfinance opérant selon les principes islamiques — moudaraba, mourabaha, moucharaka, ijara — le catalogue complet. Avant juin 2026, seules 12 organisations de microfinance proposaient légalement ces produits. La loi étend les acteurs éligibles aux banques commerciales, mais les normes qu’elles devront suivre sont encore en cours de rédaction.

L’état du marché

Les premiers chiffres sont à la fois impressionnants et modestes. Sur les cinq premiers mois de 2026, les organisations de microfinance ouzbèkes ont accordé 22 milliards de SOM en financement islamique. Les émissions du premier trimestre seul — 11,2 milliards de SOM — représentent une augmentation multipliée par huit par rapport au T1 2025.

Un bond par huit paraît transformateur. En valeur absolue, au taux de change actuel, 22 milliards de SOM représentent environ 1,7 million de dollars. À titre de comparaison, le marché mondial des sukuk a émis 129 milliards de dollars au seul premier semestre 2026. La progression est réelle ; la base de départ est encore presque nulle. C’est précisément pourquoi le cadre légal importe davantage que les chiffres actuels — c’est l’infrastructure qui déterminera si la finance islamique en Ouzbékistan atteint une masse critique ou reste anecdotique.

Les projections gouvernementales laissent entrevoir de l’ambition : une directive présidentielle de mars a confirmé l’objectif d’ouvrir au moins une fenêtre islamique dans une banque commerciale en 2026, avec deux banques islamiques à part entière visées pour la période 2026–2030. La mobilisation cumulée d’investissements et de dépôts sur cette période est fixée à 1 milliard de dollars.

La limite à nommer

Une loi et un conseil sont des conditions nécessaires pour un marché de finance islamique fonctionnel. Ils ne sont pas suffisants. Les normes que rédige le Conseil n’existent pas encore. Les banques commerciales n’ont pas encore ouvert leurs fenêtres islamiques. Les produits pour particuliers et PME n’ont pas encore été conçus, tarifés ou commercialisés. La capacité d’audit Sharia nécessaire pour valider ces produits à grande échelle est limitée.

Les ambitions plus larges de l’Asie centrale en finance islamique — 6,3 milliards de dollars d’actifs bancaires islamiques projetés d’ici 2033 pour toute la région — reposent largement sur le Kazakhstan et l’Ouzbékistan. Le Kazakhstan est plus avancé. L’Ouzbékistan progresse plus vite en ce moment, mais part d’une base plus basse avec un calendrier plus resserré.

Le représentant de la Banque islamique de développement lors du TIIF 2026 a décrit l’Ouzbékistan comme un hub potentiel pour la finance islamique en Asie centrale. Cette formulation est juste comme direction à prendre. Comme état des lieux, elle surestime la situation actuelle.

Ce qu’il faut surveiller

Le signal le plus déterminant à court terme est de savoir si une banque commerciale ouvre effectivement une fenêtre islamique en 2026 — et si oui, laquelle. Une banque commerciale avec une fenêtre islamique crée un réseau de distribution que les microfinances ne peuvent pas reproduire. Elle crée aussi un cas de référence que le reste du secteur bancaire peut suivre ou ignorer.

Le deuxième signal est ce que produira concrètement le Conseil. Des normes unifiées alignées sur les standards AAOIFI positionneraient la finance islamique ouzbèke pour se connecter à l’écosystème international. Des normes divergentes ou floues ralentiront tout. La première année du Conseil est celle qui fixe la trajectoire.

L’Ouzbékistan a la profondeur démographique, l’intention réglementaire et désormais le fondement légal. Ce qu’il n’a pas encore, c’est un marché opérationnel. L’écart entre ces deux réalités est l’histoire des trois prochaines années.