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La Malaisie ancre la croissance mondiale des sukuk à 129 milliards de dollars au S1 2026

S&P Global : les émissions mondiales de sukuk bondissent à 129 milliards au S1 2026, portées par la Malaisie face au recul de 9 % du GCC.

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La thèse

Le récit conventionnel sur la finance islamique place le Moyen-Orient au centre de gravité du marché des sukuk. Les données du S1 2026 racontent une autre histoire — et la conclusion est que la Malaisie a discrètement distancé le Golfe sans que personne ne le remarque.

Les émissions mondiales de sukuk ont atteint 129 milliards de dollars au premier semestre 2026, contre 112,3 milliards sur la même période l’année précédente. C’est un bond de 15 % en six mois. Le chiffre qui compte vraiment : les émissions du GCC ont reculé de 9 % sur la même période. La Malaisie a absorbé cet écart et l’a dépassé, grâce à un marché domestique en monnaie locale qui est devenu la colonne vertébrale structurelle des marchés de capitaux islamiques mondiaux.

Ce que les chiffres disent vraiment

La décomposition est révélatrice. Sur ces 129 milliards, les sukuk en monnaie locale représentent 87,6 milliards — en hausse de 18,6 milliards sur un an. Les sukuk en devises étrangères ont reculé de 1,9 milliard à 41,4 milliards. Ces deux lignes racontent l’essentiel : la croissance vient des marchés domestiques, pas des émissions internationales. Et le marché domestique dominant est celui de la Malaisie.

Ce n’est pas un hasard. La Malaisie a consacré deux décennies à construire l’infrastructure institutionnelle d’un marché de sukuk profond — la Commission des valeurs mobilières, le cadre réglementaire, l’infrastructure de gestion de la liquidité via l’IILM, la base d’investisseurs. Les chiffres du S1 2026 sont le retour sur cet investissement.

S&P Global, source de ces données, maintient ses prévisions annuelles 2026 à 270-280 milliards de dollars — contre 264,8 milliards en 2025. La trajectoire est intacte, mais elle est plus malaisienne que du Golfe cette année.

Pourquoi le GCC a ralenti

Le recul de 9 % dans le GCC n’est pas difficile à expliquer : le conflit au Moyen-Orient a pesé sur l’appétit d’emprunt souverain, la réduction de la production d’hydrocarbures a réduit les marges budgétaires, et l’activité économique hors pétrole s’est assouplie au S1. Des souverains qui étaient émetteurs agressifs en 2024 et début 2025 ont réduit leurs émissions.

Cela importe parce que les souverains du GCC ont historiquement été l’ancre des sukuk en devises — les émissions qui attirent les investisseurs institutionnels internationaux. Quand ils se retirent, le profil international du marché se rétrécit, même si le chiffre global tient. Ce que la Malaisie offre, c’est une profondeur domestique, pas nécessairement l’allocation de capitaux transfrontaliers que le GCC a historiquement portée.

La limite à nommer

La dominance en monnaie locale a un plafond. Le marché malaisien des sukuk est large et liquide selon les standards de la finance islamique, mais il opère principalement en ringgit. Pour un investisseur international construisant un portefeuille obligataire diversifié, les sukuk en ringgit comportent un risque de change. Le marché mondial des sukuk ne se substitue pas entièrement aux émissions en dollars du GCC pour la construction de portefeuilles institutionnels.

Le titre à 129 milliards est réel, mais le changement de composition mérite une lecture honnête : ce marché est devenu plus résilient domestiquement et plus concentré géographiquement en même temps. C’est une bonne nouvelle pour le secteur financier malaisien. Si c’est une bonne nouvelle pour l’agenda de la finance islamique mondiale, ça dépend du retour des souverains du GCC au marché au S2.

Ce qu’il faut surveiller

La prévision annuelle de S&P à 270-280 milliards est atteignable, mais elle nécessite une accélération du GCC au S2 — il n’existe pas d’autre réservoir d’émetteurs assez large pour combler l’écart si le Golfe reste discret. Surveiller l’Arabie Saoudite en particulier : quand les dépenses d’infrastructure Vision 2030 reprennent, les émissions souveraines de sukuk suivent. Si cela reprend au T3, le chiffre annuel tient. Si les frictions géopolitiques persistent au S2, le marché clôture l’année dans le bas de la fourchette — ou en dessous.

La question plus intéressante pour 2027 : est-ce qu’un troisième marché émerge ? La Turquie et l’Indonésie développent toutes deux leur infrastructure de sukuk. Aucune n’est encore à l’échelle de la Malaisie, mais les deux ont l’appétit d’emprunt souverain et la base d’investisseurs pour combler l’écart. Le marché mondial des sukuk est plus concentré qu’il n’y paraît — et cette concentration est elle-même un risque à surveiller.