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Le sukuk vert est là où la finance islamique a trouvé son argument ESG — et ses 70 milliards de dollars suivants

Les sukuk ESG devraient dépasser 70 Mds$ d'encours en 2026, après une croissance annuelle de 23 %. La convergence entre les principes de la finance islamique et les mandats de durabilité s'accélère.

Horizon de Riyad avec le King Abdullah Financial District et la Kingdom Tower

La thèse

La finance islamique a toujours été fondée sur des valeurs. L’émergence de l’ESG comme cadre d’investissement dominant lui a offert un argument inattendu : pour la première fois, ce que la finance islamique exclut déjà correspond à ce que les investisseurs institutionnels mainstream cherchent à éviter. Le sukuk vert est là où cet alignement devient un marché.

Les chiffres qui racontent l’histoire

Début 2025, Fitch Ratings évaluait l’encours des sukuk ESG à 44,5 milliards de dollars — en hausse de 23 % sur un an. Plusieurs projections de recherche placent ce chiffre à 58 milliards de dollars fin 2025 et au-dessus de 70 milliards tout au long de 2026. En parallèle, S&P Global prévoit une émission totale de sukuk à 270–280 milliards de dollars pour l’année pleine.

Cela fait des sukuk ESG environ 25 % des sukuk en circulation — une part significative d’un marché qui dépasse désormais 1 000 milliards de dollars.

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont les émetteurs dominants, représentant 68 % du total des émissions de sukuk ESG dans les neuf premiers mois de 2025, selon Zawya. L’Indonésie et la Malaisie mènent les émissions en monnaie locale, portées par les besoins de financement des infrastructures vertes. En 2026, les émissions de sukuk verts seules devraient atteindre 10–12 milliards de dollars.

Pourquoi la convergence fonctionne

Halal et ESG partagent plus d’exclusions que l’un ou l’autre des cadres ne le reconnaît généralement. Les deux excluent l’alcool, le tabac, les jeux d’argent et la fabrication d’armes. L’ESG cible les industries à fortes émissions ; le halal exige la transparence et interdit le gharar — l’incertitude excessive qui occulte le risque. Les fondements théologiques sont différents, mais les résultats de construction de portefeuille se recoupent souvent.

La différence structurelle clé est l’interdiction du riba (intérêt) en finance islamique et l’exigence que les rendements soient liés à l’activité économique réelle. Cette contrainte, qui peut sembler une limitation dans les marchés conventionnels, s’aligne bien avec le financement de projets verts. Les sukuk sont adossés à des actifs par conception. Les actifs verts — centrales solaires, projets d’efficacité énergétique, bâtiments durables — sont exactement le type d’actifs tangibles sous-jacents qu’une structure sukuk requiert.

Les sukuk durables, la catégorie plus large incluant les instruments verts, sociaux et de durabilité, représentaient environ 35 % des émissions totales d’obligations et sukuk durables sur les périodes récentes. Ce n’est plus une niche.

Le problème de standardisation

La convergence n’est pas sans heurts. Les émetteurs de sukuk verts font face à une double obligation de conformité : les conseils Sharia doivent approuver la structure et la sélection des actifs, et des cadres comme les Green Bond Principles de l’ICMA — adaptés pour les sukuk dans des orientations publiées en avril 2024 par l’ICMA, la Banque islamique de développement et LSEG — régissent les accréditations vertes. Ce double processus d’approbation est plus rigoureux que les obligations vertes conventionnelles, ce qui est un argument pour la crédibilité mais une contrainte sur la vitesse.

Il y a aussi un problème de fragmentation. Différents conseils Sharia peuvent parvenir à des conclusions différentes sur le même actif vert. Les panneaux solaires sur un établissement conforme sont généralement acceptés. Les instruments de trading carbone restent contestés. L’industrie détermine encore où se situent les lignes directrices, et l’absence d’une norme universelle crée un risque de conformité pour les émissions transfrontalières.

La limite qu’il faut nommer

La part des sukuk verts dans le marché global des sukuk — environ 10–12 milliards d’émissions face à 270–280 milliards au total — reste faible. La majeure partie de la croissance des sukuk au premier semestre 2026 provient du marché domestique en monnaie locale de la Malaisie, et non des instruments labellisés ESG. Le label de durabilité ajoute de la crédibilité pour certains pools d’investisseurs, mais il ne détermine pas encore les décisions d’émission à grande échelle.

La question est de savoir si les dépenses en infrastructures — Vision 2030 en Arabie saoudite, transitions énergétiques vertes en Asie du Sud-Est, financement du développement en Afrique — propulseront les sukuk ESG vers un rôle plus important, ou s’ils resteront un produit premium pour les investisseurs ayant des exigences de mandat spécifiques.

Ce qu’il faut surveiller

Le pipeline qui compte le plus pour l’audience de l’économie halal est la finance souveraine et de développement. La Banque islamique de développement a historiquement été le plus grand émetteur unique de sukuk durables. Alors que les gouvernements africains — sur les traces du Bénin — explorent les marchés de capitaux islamiques, les sukuk verts pour les projets de développement deviennent l’instrument naturel pour le financement de l’eau, de l’énergie et des infrastructures urbaines.

La capacité du marché à maintenir sa croissance annuelle de 23 % dépend de deux variables : la poursuite des émissions souveraines du CCG, où le pipeline d’infrastructures Vision 2030 de l’Arabie saoudite est le principal moteur, et l’émergence à grande échelle de programmes souverains de sukuk verts en Asie du Sud-Est. Les deux sont actifs au second semestre 2026. Le chiffre de 70 milliards est atteignable. Savoir s’il constitue le plafond ou le plancher est la question la plus intéressante.