Le marchand véridique et digne de confiance sera avec les prophètes, les véridiques et les martyrs. — Tirmidhi 1209

Les assureurs africains face à leur miroir : réinventer la relation

Réunis à Cotonou pour les États généraux de l'assurance pour tous, les acteurs du secteur posent le bon diagnostic : le problème est une question de confiance, pas de produit.

Skyline de Dakar, Sénégal, vue depuis l'île de Gorée

La thèse

Le constat de Cotonou n’est pas que les produits d’assurance africains sont mauvais. C’est que la relation entre assureurs et populations n’a jamais été correctement construite. Cette nuance change tout — parce qu’elle dit ce que «réinventer» exige vraiment.

Ce qui s’est passé à Cotonou

Les États généraux de l’assurance pour tous ont réuni les acteurs du secteur à Cotonou, Bénin, pour un bilan fondamental. La conclusion était directe : l’assurance peine encore à convaincre une large partie des populations africaines. Guy Lawson-Body, directeur général de Wafa Assurances Bénin, était parmi ceux qui se sont exprimés publiquement dans une interview accordée à Financial Afrik TV.

Le format «États généraux» est en soi révélateur. Dans la tradition politique francophone, le terme renvoie à une consultation fondamentale — convoquée quand les processus ordinaires n’ont pas résolu un problème structurel. Choisir ce cadre pour un rassemblement du secteur assurance signale que l’industrie ne traite plus la faible pénétration comme un défi de croissance. Elle la nomme pour ce qu’elle est : un problème systémique.

L’écart de confiance

L’expression «réinventer la relation» localise le problème avec précision. Il ne s’agit pas uniquement de conception produit ou de tarification. Il s’agit de la crédibilité fondamentale de l’assurance en tant qu’institution dans la vie des ménages africains.

La confiance envers les institutions financières se construit par la fiabilité démontrée, notamment au moment le plus crucial : le règlement des sinistres. Dans des marchés où les processus de règlement ont historiquement été opaques, lents ou contestés, la réponse rationnelle du consommateur est l’évitement — et non l’ignorance. Les populations ne manquent pas de compréhension de l’assurance ; dans bien des cas, elles en ont assez compris pour rester prudentes.

Les vents contraires

Nommer correctement le problème ne le résout pas. Les obstacles structurels à la pénétration de l’assurance en Afrique francophone — distribution des revenus informels, infrastructure de distribution limitée hors des centres urbains, réglementation fragmentée de la microassurance au sein des États membres de la CIMA — n’ont pas changé parce qu’une conférence s’est tenue à Cotonou.

Il y a aussi la question des coûts. Bâtir la confiance à l’échelle exige d’investir dans la capacité de traitement des sinistres, dans des canaux de distribution atteignant les travailleurs informels et dans une éducation des consommateurs qui dépasse les brochures imprimées. Ces investissements ont des cycles de retour longs. Pour des assureurs opérant dans des environnements réglementés à faibles marges, justifier ces coûts auprès d’actionnaires qui ne perçoivent pas encore le marché est une équation difficile.

Il y a enfin un problème de séquençage. Atteindre les populations sous-couvertes exige de la distribution — mais la distribution requiert une confiance qui n’existe pas encore. L’industrie ne navigue pas face à un simple défi d’exécution. Elle navigue face à un déficit de crédibilité qui précède le cycle stratégique actuel.

À surveiller

La mesure réelle des États généraux de Cotonou ne sera pas dans ses communiqués, mais dans ce qui changera concrètement — délais de règlement des sinistres, portée des réseaux de distribution, accessibilité des produits — au cours des dix-huit prochains mois. La participation de Guy Lawson-Body indique qu’au moins les acteurs orientés distribution comme Wafa Assurances Bénin sont à la table. Que cela se traduise par des pilotes annoncés, des propositions réglementaires ou des chiffres de pénétration mesurables déterminera si cette réunion était un tournant ou un diagnostic supplémentaire, bien documenté mais sans suite. À quoi ressemble concrètement la réinvention d’une relation quand le prochain sinistre est contesté ?