Le marchand véridique et digne de confiance sera avec les prophètes, les véridiques et les martyrs. — Tirmidhi 1209

La première conférence gouvernementale halal du Vietnam signale une stratégie sur deux fronts

Le Vietnam a tenu sa première conférence gouvernementale sur le tourisme halal le 8 juillet 2026, avec le lancement de Halal Connect par Vietjet et l'accréditation GCC du HALCERT.

Bungalows sur pilotis dans un resort d'Asie du Sud-Est représentant le voyage halal

La thèse

Le Vietnam ne mène pas une seule offensive sur l’économie halal. Il en mène deux simultanément.

À la mi-juillet, une délégation vietnamienne participait au Grand Halal Bangkok pour promouvoir les exportations alimentaires halal — produits de la mer emballés, boissons, produits agricoles certifiés par le HALCERT, l’autorité halal vietnamienne vieille de deux ans. La semaine précédente, le 8 juillet 2026, ce même gouvernement réunissait la première conférence gouvernementale du Vietnam sur le tourisme halal, où Vietjet — le principal transporteur à bas coût du pays — dévoilait sa plateforme Halal Connect, tandis que le HALCERT annonçait l’obtention d’une accréditation reconnue sur le marché du GCC.

Deux fronts. Coordonnés. Il s’agit d’un pari économique délibéré, pas d’une série de coïncidences.

Ce qui s’est passé le 8 juillet

La conférence du 8 juillet était la première fois que le gouvernement vietnamien rassemblait des parties prenantes spécifiquement autour du tourisme halal comme vertical stratégique. La distinction entre une conférence organisée par l’État et un événement sectoriel est importante : une convocation au niveau gouvernemental signale un engagement politique, pas seulement un intérêt commercial.

Deux annonces ont marqué la journée.

Première annonce : la plateforme Halal Connect de Vietjet. Vietjet n’est pas une compagnie de niche. Elle opère plus de 130 routes et a transporté des dizaines de millions de passagers. Une plateforme dédiée aux voyageurs musulmans — qu’il s’agisse de repas halal, d’intégration des horaires de prière ou de flux de réservation adaptés — signifie que l’infrastructure touristique halal entre dans la couche de l’aviation grand public, et ne se cantonne plus aux hôtels boutique et aux voyagistes spécialisés.

Deuxième annonce : l’accréditation GCC du HALCERT. L’Autorité vietnamienne de certification halal, créée par le gouvernement en avril 2024, vient d’obtenir une accréditation reconnue dans les pays du Conseil de coopération du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Bahreïn et Oman. Pour un organisme de certification vieux de moins de deux ans, obtenir une reconnaissance du GCC constitue le chemin le plus rapide pour construire une crédibilité. Cela ouvre les services et produits vietnamiens certifiés halal à l’une des régions d’importation halal les plus valorisées au monde.

Pourquoi cela dépasse le cadre du Vietnam

Le Vietnam n’est pas un pays à majorité musulmane — sa population musulmane représente environ 0,1 % de ses 97 millions d’habitants. Chaque infrastructure halal qu’il construit est conçue pour l’export : soit des marchandises physiques certifiées pour les marchés musulmans, soit des services touristiques pour les voyageurs musulmans entrants.

Le marché du tourisme musulman est vaste et structurellement sous-servi. Les voyageurs musulmans voyagent souvent en groupe, ont une dépense par voyage plus élevée sur la nourriture halal et l’hébergement, et privilégient les destinations qui peuvent garantir une qualité de service conforme à leurs valeurs. Le Vietnam, avec ses plages de renommée mondiale, ses sites classés au patrimoine de l’UNESCO et une infrastructure hôtelière en rapide amélioration, est une destination plausible — à condition que la couche halal existe.

La combinaison Vietjet + HALCERT répond aux deux aspects les plus difficiles de cette équation : rejoindre la destination (avec la certitude que l’expérience à bord est conforme aux standards halal) et faire confiance à la certification sur place (avec une reconnaissance que les organismes d’accréditation des pays du GCC ont validée).

La limite que la stratégie n’a pas résolue

Deux ans d’accréditation HALCERT et une seule plateforme compagnie aérienne ne constituent pas un écosystème touristique halal. Les voyageurs musulmans qui choisissent une destination recherchent un réseau dense de restaurants halal, de lieux de prière, d’hôtels respectueux de la pudeur vestimentaire, et l’infrastructure communautaire musulmane qui découle d’une population locale musulmane — dont le Vietnam est largement dépourvu.

L’accréditation GCC du HALCERT ouvre un canal légal. Elle ne crée pas instantanément la confiance des consommateurs. Cette confiance se construit par l’expérience, les avis et les réseaux de bouche-à-oreille au sein des communautés de voyageurs musulmans — domaines dans lesquels le Vietnam n’a pas encore eu le temps de s’établir.

Et la comparaison avec la Malaisie — qui a passé des décennies à construire une marque de tourisme halal internationalement reconnue — est saisissante. La Malaisie dispose du JAKIM, l’une des autorités de certification halal les plus fiables au monde, d’une population musulmane visible, et d’une infrastructure construite pour servir son propre marché domestique qui attire accessoirement des visiteurs internationaux. Le Vietnam part de presque zéro sur ces trois fronts.

Ce qu’il faut surveiller

Le premier signal concret sera le nombre de touristes entrants en provenance de marchés à majorité musulmane — Malaisie, Indonésie, Arabie saoudite, Émirats arabes unis — au second semestre 2026 par rapport à la même période en 2025. Si la conférence gouvernementale et la plateforme de Vietjet font évoluer les arrivées, la stratégie fonctionne. Dans le cas contraire, l’infrastructure existe mais le marketing n’a pas encore porté ses fruits.

La prochaine étape de crédentialisation du HALCERT compte aussi. L’accréditation GCC est significative, mais la reconnaissance mutuelle avec le JAKIM malaisien — que le HALCERT cherchait à obtenir depuis mi-2026 — constituerait un déblocage encore plus puissant. Une certification reconnue par le JAKIM voyage avec les voyageurs malaisiens et indonésiens d’une façon que l’accréditation GCC seule ne permet pas.

Le Vietnam construit cela plus vite qu’aucun pays non musulman n’a tenté de le faire auparavant. Suffisamment vite reste une question ouverte.