Le marchand véridique et digne de confiance sera avec les prophètes, les véridiques et les martyrs. — Tirmidhi 1209

Le Vietnam envoie une délégation à un salon halal. Le pays est musulman à 0,1 %.

La stratégie HALCERT du Vietnam vise 34 milliards USD d'exportations vers l'OCI. Au Grand Halal Bangkok 2026, l'ambition a rencontré la réalité : 50 certifications par an, c'est trop peu.

Marché alimentaire d'Asie du Sud-Est avec des produits conditionnés pour l'export

La thèse

Le Vietnam n’est pas un pays à majorité musulmane. Sa population musulmane est estimée à environ 0,1 % de 97 millions d’habitants. Et pourtant, en juillet 2026, des entreprises vietnamiennes ont pris l’avion pour Bangkok afin d’exposer lors de l’un des plus grands salons du commerce halal de la région.

Cette asymétrie est précisément le sujet. La certification halal est devenue une stratégie commerciale, non une obligation religieuse. Des économies non musulmanes — le Vietnam, la Thaïlande, le Brésil, l’Australie — se disputent une position sur un marché projeté à 10 890 milliards de dollars à l’horizon 2028. Le Vietnam est l’exemple le plus limpide de la manière dont un pays peut poursuivre agressivement ce marché lorsque le gouvernement en fait une priorité stratégique.

Le salon et ce que le Vietnam a apporté

Le Grand Halal Bangkok 2026 s’est tenu du 15 au 17 juillet sous le thème « Porte d’entrée vers l’économie halal mondiale ». Environ 500 exposants et 15 000 visiteurs de 60 pays y ont participé. Parmi eux : une délégation vietnamienne incluant Danny Green JSC, qui a présenté des boissons et des conserves certifiées halal, issues d’ingrédients biologiques certifiés.

L’ambassadeur du Vietnam Pham Viet Hung a présenté cette participation comme une extension de la stratégie nationale — connecter les entreprises locales à des partenaires en Thaïlande, dans l’ASEAN, au Moyen-Orient et sur les marchés mondiaux. Ce cadrage est exact. Le Vietnam ne se rend pas à Bangkok par curiosité. Il exécute un plan.

Ce que ce plan contient réellement

Le plan comporte deux volets. Le premier est HALCERT — l’Autorité vietnamienne de certification halal, créée en avril 2024 sous la tutelle du ministère des Sciences et de la Technologie. HALCERT a pour mission de standardiser la certification halal au Vietnam et de permettre à une cinquantaine d’entreprises par an de certifier leurs produits, principalement dans les secteurs des fruits de mer, des boissons et de la confiserie.

Le second volet est l’accès aux marchés par la reconnaissance mutuelle. Le Vietnam négocie des accords avec les autorités halal de Malaisie et d’Indonésie pour établir une reconnaissance mutuelle des certifications — ce qui permettrait aux produits vietnamiens certifiés par HALCERT d’accéder aux marchés de l’OCI sans passer par une certification étrangère supplémentaire.

L’objectif affiché : jusqu’à 34 milliards de dollars de biens conformes halal destinés aux marchés de l’OCI, lesquels représentent un PIB combiné de 8 500 milliards de dollars. Ce chiffre relève davantage de l’aspiration que de la trajectoire actuelle, mais il dit où le gouvernement vietnamien pointe ses ambitions d’exportation alimentaire.

La limite que la stratégie n’a pas encore résolue

Cinquante entreprises certifiées par an, ce n’est pas une chaîne d’approvisionnement. Les secteurs agricoles et agroalimentaires vietnamiens sont importants — le pays est un grand exportateur de fruits de mer, de café, de riz et de produits transformés. La question n’est pas de savoir si la capacité de production existe. C’est de savoir si HALCERT peut certifier suffisamment vite pour convertir cette capacité en volume d’exportation certifié à la hauteur de ce que la stratégie implique.

À 50 entreprises par an, il faudrait des décennies pour pénétrer significativement les marchés de l’OCI à grande échelle. Les accords de reconnaissance mutuelle avec la Malaisie et l’Indonésie, s’ils sont finalisés et appliqués, accéléreraient le calendrier — mais ces accords sont encore en négociation et n’ont pas encore été testés à l’échelle commerciale.

L’autre défi structurel est la confiance des consommateurs. Les pays importateurs de produits halal — notamment dans le Golfe et en Asie du Sud-Est — ont construit leur confiance autour d’organismes de certification qu’ils connaissent. HALCERT a deux ans. La reconnaissance mutuelle peut ouvrir des canaux légaux ; elle ne peut pas remplacer les années de références qui déterminent la préférence réelle des consommateurs.

Ce qu’il faut surveiller

Deux signaux dans les 12 prochains mois indiqueront si la percée halal du Vietnam est réelle ou rhétorique.

Premier signal : si l’accord de reconnaissance mutuelle avec le JAKIM malaisien — la référence mondiale en matière de certification halal — est finalisé et ratifié. Une reconnaissance mutuelle avec le JAKIM donne aux produits vietnamiens un signal qualité que les importateurs du Golfe reconnaissent. C’est le déblocage le plus décisif dans la stratégie d’exportation halal du Vietnam.

Second signal : si le volume de certifications de HALCERT augmente — et de combien. Cinquante entreprises par an suggère que l’autorité est encore en phase de démarrage. Si les chiffres de 2026 montrent une accélération significative, la stratégie gagne en crédibilité. S’ils stagnent, l’objectif de 34 milliards est un chiffre politique, pas une feuille de route commerciale.

Le Vietnam avance. La question est de savoir s’il avance assez vite pour un marché qui n’attend pas.