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Les banques islamiques saoudiennes détiennent 76 % des actifs du secteur, selon S&P

S&P Global Ratings révèle que les banques islamiques contrôlent 76 % des actifs bancaires saoudiens, portées par les financements Vision 2030.

Skyline de Riyad avec le King Abdullah Financial District et la Kingdom Tower

La thèse

76 % : ce n’est pas un simple indicateur de parts de marché — c’est un verdict structurel. Selon S&P Global Ratings, les banques islamiques détiennent désormais environ les trois quarts de l’ensemble des actifs bancaires d’Arabie saoudite. Ce n’est pas une niche qui a percé. C’est un système financier qui a été fondamentalement réorienté.

Ce qui a fait basculer les chiffres

Vision 2030 est le moteur explicitement cité. Le programme de diversification économique saoudien a généré une demande soutenue de financements importants dans deux catégories : l’immobilier résidentiel et le crédit aux entreprises. Les banques islamiques ont été les véhicules privilégiés pour les deux.

Le volet immobilier est une histoire directe de demande induite par la politique : les objectifs de logement de Vision 2030 nécessitent des financements à grande échelle, que les banques islamiques ont fournis via des structures conformes à la charia. Le volet entreprises suit une dynamique parallèle : à mesure que les sociétés saoudiennes réorientent leurs capitaux vers les secteurs non pétroliers, elles ont besoin de financements de projets, et les structures islamiques sont devenues l’instrument par défaut.

Le résultat, tel que rapporté par Halal Times citant S&P, est un secteur bancaire où la finance conventionnelle est devenue une architecture minoritaire. Non marginalisée, mais plus jamais dominante.

Pourquoi 76 % dépasse le seul enjeu du Golfe

L’Arabie saoudite est le premier marché mondial de la finance islamique en termes d’actifs. Lorsqu’elle franchit le seuil des 76 % de parts de marché, elle modifie l’ensemble du cadre de référence pour ce que « normal » signifie en finance islamique.

S&P Global Ratings n’est pas une publication sectorielle — c’est l’une des institutions qui gouverne la tarification du crédit à l’échelle mondiale. Lorsque S&P documente la domination des banques islamiques à cette échelle, elle signale aux marchés internationaux de capitaux que l’infrastructure financière conforme à la charia est passée du statut d’alternative à celui de référence. Ce signal pèse dans les conversations de Kuala Lumpur à Londres sur la structure des futures émissions de dette souveraine et d’entreprise.

Le chiffre de 76 % importe aussi pour ce qu’il révèle sur le comportement des clients. La banque conventionnelle n’a pas disparu d’Arabie saoudite ; elle est devenue l’option secondaire. Ce glissement s’est produit par des décisions de marché cumulées, non par injonction réglementaire — ce qui en fait un changement structurel plus durable.

Les vents contraires

Une part de marché de 76 % crée un risque de concentration, pas une immunité. À cette échelle, les banques islamiques saoudiennes sont exposées simultanément au même cycle économique. Si la mise en œuvre des projets Vision 2030 ralentit — ou si le financement public se resserre sous la pression des prix du pétrole — les portefeuilles immobiliers et corporate qui ont alimenté cette expansion sont sous pression au même moment.

Le constat de S&P, tel que résumé par Halal Times, ne précise pas les positions de fonds propres ou de liquidité des établissements individuels. Ces détails comptent : la part de marché indique qui a prêté ; les ratios de capital et les coussins de liquidité indiquent qui peut absorber une correction.

Il y a aussi une dimension de gouvernance. Les standards de supervision charia varient selon les établissements, et un secteur détenant 76 % du marché dispose de peu de marge pour des défaillances de conformité sans dommages réputationnels pour la finance islamique dans son ensemble.

À surveiller

Le prochain cycle de notation de S&P pour les banques du Golfe indiquera si cette part de marché est toujours en progression ou commence à se stabiliser. Il révélera aussi si la rentabilité par unité d’actif est à la hauteur de la part de marché — la domination en volume ne signifie pas nécessairement la domination en rendements.

La question plus profonde est structurelle : le chiffre de 76 % reflète-t-il une préférence de marché authentique, ou est-il en partie un artefact de l’orientation politique ? La distinction compte parce que l’une est durable et l’autre conditionnelle. La réponse de long terme de l’Arabie saoudite à cette question déterminera la physionomie de la finance islamique dans le prochain cycle pétrolier.