La thèse
Oman est le dernier pays du Conseil de coopération du Golfe à avoir autorisé la banque islamique à part entière, en 2011 seulement. Quinze ans plus tard, Halal Times rapporte — en citant les données de la Banque centrale d’Oman — que les actifs bancaires islamiques atteignent 9,8 milliards OMR, la part de marché s’approchant désormais de 20 %.
Ce chiffre — 20 % — correspond au seuil à partir duquel la banque islamique cesse d’être un segment de niche pour s’intégrer dans le tissu structurel du système financier d’un pays.
Ce que représentent 9,8 milliards OMR
Le chiffre provient des données de la Banque centrale d’Oman, tel que rapporté par Halal Times. Avec près de 10 milliards OMR, le secteur bancaire islamique représente désormais une part significative de l’ensemble des actifs bancaires omanais — et Fitch a noté cette trajectoire vers un nouveau palier.
Le contexte est essentiel. Le démarrage tardif d’Oman — plus d’une décennie après Bahreïn et les Émirats arabes unis, qui ont formalisé la banque islamique respectivement dans les années 1970 et 1990 — implique que cette courbe de croissance est compressée. Ce que d’autres marchés du Golfe ont mis trois ou quatre décennies à accomplir, le secteur bancaire islamique omanais l’a réalisé en quinze ans environ.
Cette croissance a été portée principalement par deux établissements spécialisés : Bank Nizwa et Alizz Islamic Bank, les seules banques islamiques à part entière d’Oman. Les banques conventionnelles ont également lancé des guichets islamiques — des produits conformes à la Charia exploités au sein d’établissements par ailleurs conventionnels. Un développement récent à suivre : Bank Nizwa a annoncé une proposition d’acquisition d’Alizz Islamic Bank, ce qui consoliderait le secteur bancaire islamique spécialisé autour d’un seul établissement dominant.
Pourquoi le seuil des 20 % est le chiffre à surveiller
Sur les marchés où la banque islamique détient moins de 10 % des actifs, elle tend à fonctionner comme un produit de minorité, ciblant les clients religieusement pratiquants prêts à accepter des concessions en termes de compétitivité pour maintenir leur conformité. En dessous d’une certaine masse critique, les banques islamiques se différencient sur la religion, pas sur le prix.
À 20 %, la dynamique change. Un cinquième des actifs bancaires représente une masse institutionnelle suffisante pour que les banques islamiques puissent concurrencer les établissements conventionnels sur la conception des produits, les tarifs et la distribution — pas seulement sur la différenciation confessionnelle. Les régulateurs, les agences de notation et les investisseurs institutionnels commencent également à traiter le secteur comme structurellement significatif plutôt que périphérique.
Le secteur bancaire islamique de Bahreïn détient déjà 42 % des actifs bancaires domestiques. Celui d’Arabie saoudite connaît une croissance rapide. L’approche des 20 % par Oman signale un rattrapage — à partir d’une base plus petite et plus jeune que ses voisins du Golfe.
La limite à nommer
Approcher les 20 % n’est pas la même chose qu’y être. Et 20 % signifie encore que 80 % des actifs bancaires omanais restent dans des établissements conventionnels. L’influence structurelle du secteur sur la disponibilité du crédit, le financement souverain et les marchés de capitaux reste limitée au regard de cette part dominante.
La consolidation Bank Nizwa / Alizz crée un établissement combiné mieux capitalisé — mais elle réduit aussi la concurrence au sein même du segment bancaire islamique. Le risque est qu’une seule banque islamique dominante concurrence moins agressivement sur les prix que ne le feraient deux établissements, ce qui pourrait ralentir les gains de parts de marché que la concurrence génère.
Les données de la Banque centrale d’Oman, telles que rapportées par Halal Times, ne semblent pas décomposer la croissance des actifs par type d’établissement — guichet islamique versus banque islamique à part entière — ce qui est pourtant crucial pour comprendre si la croissance est large ou concentrée dans les banques spécialisées.
Ce qu’il faut surveiller
Deux développements au cours des 12 prochains mois indiqueront si le secteur bancaire islamique omanais accélère vers une part de marché significative ou plafonne en dessous de 20 %.
Premier point : la résolution de la fusion Bank Nizwa / Alizz. Si elle aboutit, l’entité combinée sera plus grande et mieux capitalisée. La question est de savoir si elle utilisera cette taille pour concurrencer agressivement — plutôt que pour consolider ses marges — et si elle générera ainsi une croissance supplémentaire.
Deuxième point : si la part de marché franchit effectivement le seuil des 20 %. Bahreïn a dépassé les 42 %. Le secteur saoudien pousse vers une pertinence majoritaire dans certaines catégories de produits. Qu’Oman franchisse les 20 % confirmerait une convergence plus large au sein du Golfe. Rester en dessous suggérerait un plafond structurel lié à la taille relativement modeste du marché domestique et au démarrage tardif du secteur.
Fitch observe. L’industrie devrait faire de même.
