Méthodologie
Ce classement évalue les fintechs islamiques selon quatre critères pondérés de manière égale : financement levé (capital total sécurisé et momentum du dernier tour), échelle (actifs sous gestion, volume de transactions ou base d’utilisateurs), innovation produit (nouveaux produits lancés au cours des 12 derniers mois) et portée géographique (nombre de marchés régulés desservis). Seules les fintechs avec des données publiques vérifiables en date de juillet 2026 sont incluses.
Le Global Islamic Fintech Report 2025/26 (GIFT Report), publié par DinarStandard et le Qatar Financial Centre, fournit le contexte de marché : le secteur de la fintech islamique a atteint 198 milliards de dollars en volume de transactions et actifs sous gestion en 2024/25, avec une projection de croissance à 341 milliards d’ici 2029. Le classement ci-dessous s’appuie sur ce rapport, les annonces publiques de financement et les publications des entreprises.
1. Mal
Siège : Abu Dhabi, Emirats arabes unis | Fondée : 2025 | Financement : 230 M$
La plus grande levée de fonds de l’histoire de la fintech islamique. Mal construit une banque digitale AI-native from scratch, soutenue par BlueFive Capital et dotée d’anciens cadres de Revolut et Nubank. La plateforme se lance d’abord aux Emirats, avec une expansion au Moyen-Orient et en Asie planifiée. En première position parce que le quantum de financement et l’architecture AI-first représentent un changement de catégorie.
2. Wahed
Siège : New York, Etats-Unis | Fondée : 2015 | AUM : 2 Md$+
La première fintech islamique à franchir les 2 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Wahed opère désormais aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, aux Emirats (via l’ADGM), en Malaisie, dans l’UE et au Nigeria. Son lancement d’ETF UCITS en Europe en 2026 — intégrant conformité à la Sharia et filtrage des droits humains — ouvre un nouveau segment de marché. La plateforme de wealth tech de référence du secteur.
3. Haball
Siège : Karachi, Pakistan | Fondée : 2017 | Financement : 52 M$
La première fintech islamique B2B, traitant plus de 3 milliards de dollars de paiements et servant près de 8 000 PME. Le pré-Series A de 52 millions de dollars de Haball — dont 47 millions en financement stratégique de Meezan Bank — la positionne pour une expansion GCC vers l’Arabie Saoudite, les Emirats et le Qatar. Le financement de la supply chain est la catégorie peu glamour avec le plus grand déficit adressable.
4. Offa
Siège : Solihull, Royaume-Uni | Fondée : 2024 | Financement : 6,5 M£ en sukuk
La plateforme de financement immobilier islamique la plus prometteuse du Royaume-Uni. Offa a levé 6,5 millions de livres via une structure de sukuk avec warrants cotée sur le TISE à Guernesey, attirant des investisseurs britanniques et du GCC. Lancement de Home Purchase Plans régulés début 2026, doublement des effectifs et montée en puissance nationale. Elle résout le problème du “prêt immobilier halal” en Grande-Bretagne — un marché massivement sous-servi.
5. Kestrl
Siège : Londres, Royaume-Uni | Fondée : 2020 | Marchés : Royaume-Uni, Malaisie, Pakistan, GCC
Le modèle “Values-as-a-Service” de Kestrl est unique : plutôt que de construire une banque autonome, elle s’associe à des banques existantes (dont Maybank Islamic) pour intégrer des insights de dépenses halal, du filtrage éthique et des outils de Zakat dans leurs applications grand public. L’approche B2B2C permet une montée en puissance plus rapide avec des besoins en capital réduits. A suivre : son financement 2026 et son expansion vers la gestion de patrimoine.
6. Abhi
Siège : Karachi, Pakistan | Fondée : 2021 | Utilisateurs : 1 M+
La première fintech basée dans la zone MENAP à émettre des obligations islamiques (sukuk de 2 milliards PKR en 2023). Le produit d’accès anticipé aux salaires d’Abhi sert plus d’un million d’utilisateurs et plus de 7 000 partenaires commerciaux au Pakistan, aux Emirats, en Arabie Saoudite et à Oman. Soutenue par Y Combinator avec 19,1 millions de dollars de financement total. La preuve que la fintech conforme à la Sharia peut résoudre des problèmes de paie à grande échelle.
7. Amanah Pro (Maybank Indonesia Syariah x Muslim Pro x audax)
Siège : Jakarta, Indonésie | Lancement : 2026
Une joint-venture intégrant la banque islamique directement dans Muslim Pro — une application lifestyle avec plus de 190 millions de téléchargements. Les utilisateurs peuvent ouvrir un compte d’épargne Hajj en quelques minutes via un parcours sans papier. Sur un marché de 240 millions de musulmans, ce modèle de finance embarquée pourrait redéfinir la distribution de la banque islamique. Stade précoce mais stratégiquement significatif.
8. Manzil
Siège : Toronto, Canada | Fondée : 2020 | Marchés : Canada, Etats-Unis, Arabie Saoudite
Construction d’un écosystème financier islamique multi-vertical combinant robo-advisory, financement hypothécaire, banque, crowdfunding et investissement. L’expansion de Manzil du Canada vers les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite démontre que les fintechs islamiques nord-américaines peuvent se mondialiser. L’une des rares plateformes à s’attaquer simultanément à la gestion de patrimoine et au financement immobilier.
9. Islamic Finance Guru (IFG)
Siège : Londres, Royaume-Uni | Fondée : 2019
IFG a évolué d’une plateforme de contenu et d’éducation vers un hub complet de finance islamique offrant des outils de filtrage d’investissement, des comparateurs de prêts immobiliers halal et des ressources de planification financière. Son analyse annuelle des lacunes de la fintech islamique au Royaume-Uni est devenue un document de référence pour l’industrie. Une influence disproportionnée par rapport à sa taille.
10. Nester
Siège : Londres, Royaume-Uni | Stade : Pré-lancement
Cible le segment du financement immobilier islamique sous les 5 millions de livres — le fossé négligé entre le micro-crédit et le financement immobilier institutionnel. Pas encore lancée, mais sa focalisation sur un palier de financement spécifique et sous-servi pourrait en faire le challenger spécialisé face aux banques islamiques généralistes sur le marché immobilier britannique. Dans ce classement parce que le déficit de marché qu’elle cible est réel et considérable.
Ce qu’il faut retenir
Le paysage de la fintech islamique en 2026 n’est plus une collection de startups en mode survie. La levée de 230 millions de dollars de Mal et le jalon des 2 milliards d’actifs sous gestion de Wahed ont propulsé la catégorie en territoire institutionnel. Mais les modèles les plus intéressants se trouvent peut-être plus bas dans ce classement — les modèles de finance embarquée (Amanah Pro, Kestrl), les spécialistes de la supply chain (Haball) et les expansionnistes géographiques (Manzil, Abhi) qui résolvent des problèmes spécifiques, peu glamour, à grande échelle.
Le GIFT Report projette 341 milliards de dollars de volume de marché pour la fintech islamique d’ici 2029. Les entreprises de ce classement sont celles qui ont le plus de chances de capter une part disproportionnée de cette croissance.
