La thèse
Le secteur de la construction du CCG compte environ 55 milliards de dollars de contrats en appel d’offres en 2026, la majorité liée au pipeline de gigaprojets saoudiens. Ce n’est pas seulement une histoire de construction — c’est une histoire de finance islamique, car les gouvernements du Golfe structurent de plus en plus le financement de leurs projets via des instruments conformes à la Charia plutôt que par des obligations et prêts conventionnels.
L’ampleur
Le pipeline de gigaprojets saoudiens — NEOM, The Red Sea, Diriyah Gate, la Jeddah Tower, les complexes Entertainment City — représente la plus grande opération coordonnée de construction d’infrastructures de l’histoire de la région. Chaque projet nécessite des milliards en financement, et la préférence du Royaume pour les structures conformes à la Charia fait du financement de projet islamique une compétence fondamentale, et non un produit de niche.
Les banques du CCG répondent en constituant des équipes dédiées au financement de projet islamique. Les montages sont complexes — structurer un financement conforme à la Charia pour une ville à 500 milliards de dollars (NEOM) implique de combiner Istisna (financement de construction), Ijara (structures de crédit-bail) et Sukuk (instruments équivalents aux obligations) de manière à satisfaire à la fois les juristes de la Charia et les avocats internationaux en financement de projet.
Pourquoi le financement islamique de projet progresse
Trois facteurs structurels expliquent le basculement du financement conventionnel vers le financement islamique dans le CCG :
Préférence souveraine. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar diversifient explicitement leurs sources de financement, passant des obligations conventionnelles aux instruments conformes à la Charia. C’est en partie idéologique (aligner la finance nationale sur les principes islamiques) et en partie stratégique (accéder au vaste réservoir de capitaux institutionnels islamiques de la région).
Alignement des risques. Les structures de financement de projet islamique — en particulier l’Istisna et l’Ijara — lient intrinsèquement le financement à l’actif physique en construction. Cet adossement à l’actif réduit l’abstraction qui caractérise le financement de projet conventionnel et crée un meilleur alignement entre prêteurs et résultats du projet.
Profondeur du marché des Sukuk. Le marché des Sukuk a atteint 1 530 milliards de dollars en 2026. Cette profondeur permet de syndiquer le financement de projets à grande échelle via des émissions de Sukuk, offrant liquidité et négociation sur le marché secondaire qui n’existaient pas il y a dix ans. Les projets de construction peuvent désormais accéder aux marchés de Sukuk de la même manière que les projets conventionnels accèdent aux marchés obligataires.
Les défis
Le financement islamique de méga-projets fait face à de vrais défis structurels. La complexité de la structuration de montages de plusieurs milliards de dollars qui satisfont simultanément les juristes de la Charia, les prêteurs internationaux, les sponsors gouvernementaux et les entreprises de construction est considérable. La documentation est plus volumineuse, les coûts juridiques plus élevés, et le vivier de professionnels maîtrisant à la fois la finance islamique et le financement de projet reste limité.
Il y a aussi une question de gouvernance : qui certifie qu’une structure de financement de projet à 10 milliards de dollars est véritablement conforme à la Charia ? La réponse varie selon les juridictions et les transactions, créant une inconsistance que les investisseurs institutionnels sophistiqués trouvent inconfortable.
À surveiller
Le second semestre 2026 verra plusieurs mandats majeurs de financement de projet saoudien arriver sur le marché. La manière dont ces transactions seront structurées — le ratio entre financement islamique et conventionnel, les tranches de Sukuk, les cadres de gouvernance — établira des précédents pour la prochaine décennie de développement d’infrastructures dans le CCG. Les banques qui construisent dès maintenant des capacités crédibles en financement de projet islamique capteront les mandats pour les années à venir.
